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Les diffusions sur demande augmentent et les droits des musiciens progressent à l’international

par Alan Willaert, vice-président de l’AFM pour le Canada

Dans un récent article, Music Business Worldwide cite des statistiques impressionnantes tirées du rapport annuel de BuzzAngle. On y apprend que, pour la première fois, les diffusions sur demande aux États-Unis ont franchi la barre du billion, dont 705,9 milliards en format audio et 304,1 milliards en vidéo. Par rapport à l’année précédente, c’est une augmentation de 32 % pour l’audio et de 10,6 % pour la vidéo.

Entretemps, les ventes, elles, ont accusé une baisse significative :

  • Les ventes de chansons en ligne ont chuté de 26,3 %, à 295,1 millions d’unités.
  • Les ventes d’albums en ligne ont décliné de 23,2 %, à 93 millions d’unités.
  • Les ventes d’albums numériques ont baissé de 26,6 %, à 37,3 millions d’unités.

Quant aux supports physiques, les ventes de CD ont connu une réduction de 26 % à 44,9 millions d’unités et les cassettes, de 11,5 %, à 104 600 unités. En revanche, la vente de disques vinyle a augmenté de 10,5 % avec 10,7 millions d’unités vendues.

Post Malone est l’artiste qui a fait l’objet du plus grand nombre d’écoutes en ligne avec 6,7 milliards de demandes, talonnant Drake à 6,3 milliards. Toutefois, Drake demeure l’artiste le plus écouté en ligne des cinq dernières années avec 28 milliards de diffusions sur demande alors que Post Malone en compte 15,9 milliards.

Certaines autres statistiques révèlent des choses étonnantes. Ainsi, les artistes les plus populaires en 2019 (Post Malone, Drake, Billie Eilish, Ariana Grande et Youngboy Never Broke Again) comptent un total de 21,8 milliards de diffusions audio en ligne. Pour les neuf premiers mois de 2019, les « coûts des ventes » de Spotify (composés pour l’essentiel de paiements de droits d’auteur aux ayants droit) étaient de 4,13 milliards. Si les 10 artistes les plus populaires avaient reçu une somme proportionnelle à leur part (5,09 %) du marché, ils se seraient partagé 210 millions de dollars.

Toutefois, en 2018, la part de marché des 10 artistes les plus suivis était de 6,66 % ou de 224 millions de dollars, soit une plus grande proportion du total des diffusions pour l’année précédente. Pourtant, en même temps, les « coûts des ventes » de Spotify pour 2019 ont bondi de 760 millions de dollars, ce qui soulève la question de savoir où est allé cet argent supplémentaire.

De tels mystères sont l’objet de discussions lors des conférences sur la diffusion sur demande qui sont parrainées par la Fédération internationale des musiciens (FIM). La dernière d’entre elles, à laquelle le président Hair et moi-même avons assisté, a été accueillie par la Fédération des musiciens de l’Inde, au début de décembre. On y a également fait la comparaison entre les droits des artistes-interprètes dans cette partie du monde et dans d’autres pays. Comme nous l’avons déjà indiqué par le passé, il existe des traités internationaux (tels que le traité de l’OMPI sur les interprétations et exécutions et sur les phonogrammes) que de nombreux pays ont signés et ratifiés; toutefois, le respect de ces ententes peut varier de façon significative selon le « traitement national » qui lui est accordé, c’est-à-dire la capacité des pays d’y adhérer avec plus ou moins de rigueur, dans certaines limites.

Bien que les grandes maisons de disques aient toutes des bureaux et des activités dans presque tous ces pays, y compris en Inde, il n’y a que l’AFM qui a négocié une entente collective avec elles pour établir la rémunération et les avantages auxquels les musiciens ont droit. Ce qui fait en sorte que le traitement que réservent les maisons de disques aux musiciens varie à l’extrême, non seulement en ce qui a trait à la rémunération directe, mais aussi au flux de redevances sur la distribution des fonds de catalogues. Ni une mince tâche, ni un but à court terme, un des objectifs de la FIM consiste à réduire cet écart par l’entremise d’actions syndicales et de lobbying en faveur de textes législatifs appropriés.

On n’a qu’à regarder la situation dans le pays hôte pour voir à quel point l’industrie est différente. En Inde, 80 pour cent de la musique populaire perce parce qu’elle est entendue dans un film issu de Bollywood. Ailleurs, c’est le contraire : de la musique qui est déjà populaire est réutilisée pour la télévision ou une production cinématographique moyennant l’achat d’une licence. Une autre anomalie que vivent nos hôtes concerne l’écart entre les réalisations du syndicat des chanteurs et celui des musiciens. En effet, le premier a été extrêmement actif, a exercé des pressions pour obtenir l’adhésion aux traités internationaux et a forcé les employeurs à s’y conformer en s’adressant aux tribunaux. En conséquence, les chanteurs reçoivent leur juste part de redevances sur l’utilisation et la nouvelle utilisation de leur travail. Le syndicat des musiciens, lui, traîne de la patte dans ses actions politiques et n’a pas réussi jusqu’à maintenant à faire bénéficier ses membres des mêmes lois. Toutefois, grâce au travail accompli à cette conférence et largement à l’influence du président de l’AFM, Ray Hair, un dialogue s’est ouvert entre les deux syndicats en vue possiblement de partager les flux de redevances auxquels ils ont droit en vertu de la loi. En Inde, c’est un énorme pas en avant, et internationalement, un réel progrès.