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Comment un syndicat peut-il susciter l’intérêt des musiciens pigistes?

par Alan Willaert, vice-président de la FAM pour le Canada

La SRC

D’entrée de jeu, j’ai le plaisir de vous annoncer que l’entente de renouvellement négociée par le Bureau canadien de la Fédération américaine des musiciens (FCM) avec la Société Radio-Canada (SRC) a été ratifiée par les membres qui ont travaillé dans le cadre de l’entente précédente au cours des trois dernières années. Cette entente générale de production marque un nouveau jalon dans les contrats de radiodiffusion au Canada et elle sera en vigueur pour les quatre prochaines années. On y prévoit notamment des rencontres régulières d’un comité conjoint de la FCM et de la SRC qui seront l’occasion de traiter de questions qui n’ont pas été envisagées au cours des négociations ou d’éléments de l’entente qui, pour une raison ou pour une autre, ne fonctionnent pas comme souhaité.

La FIM

Notre vice-président, Bruce Fife, et moi-même avons rempli l’obligation de la FAM d’assister à la Conférence de la Fédération Internationale des Musiciens (FIM) portant sur les pigistes. Ce rendez-vous s’est tenu au Danemark tout juste avant le 101e Congrès de la FAM. Nous avons participé à deux des huit tables rondes, auxquelles se sont greffées diverses présentations supplémentaires.

Le sujet de la conférence était extrêmement important : comment un syndicat peut-il susciter l’intérêt des musiciens qui ne travaillent en vertu d’aucune entente collective et qui font partie de la prétendue « gig economy »? Il s’avère qu’il y a de nombreuses similitudes dans ce que vivent les syndicats membres de la FIM à l’échelle du monde, mais également des différences marquées et, dans certains cas, troublantes. Les pigistes sont assez uniques en ce que, historiquement, ils ne font pas appel à leur syndicat et fonctionnent de façon indépendante. En d’autres termes, ils font leurs petites affaires. Malheureusement pour eux, et pour leur syndicat, ce n’est vraiment pas dans leur meilleur intérêt.

Les pigistes ont toujours représenté un pourcentage important de nos membres; pourtant, ils sont les moins portés à profiter de nos services et des bénéfices que nous offrons. Il y a deux services, on peut le comprendre, qui retiennent systématiquement leur attention : les assurances instrument et responsabilité, et l’assistance en matière d’immigration. De manière inexplicable, ils ignorent les plus de 40 autres bénéfices auxquels ils ont droit. Les plus importants sont, bien sûr, les contrats pour les engagements live et l’utilisation de nos ententes pour leurs enregistrements. Les deux comportent des éléments que tout musicien devrait considérer essentiels pour sa carrière : les contributions à la caisse de retraite et l’assistance en cas de manquement à un contrat (réclamations). De plus, l’utilisation des contrats de la FAM relatifs aux enregistrements permet d’obtenir les cachets prévus aux normes, des paiements spéciaux ainsi que des paiements pour les utilisations nouvelles. Ces importants flux de revenus peuvent faire toute la différence, particulièrement quant à la qualité de vie après que la musique s’arrête.

Comment approcher ces musiciens et les convaincre de collaborer de plus près avec leur syndicat? Voilà le problème, bien sûr, et la question qui pesait lourdement sur la conférence de la FIM. Les dirigeants du syndicat des musiciens britanniques (MU) ont mis en œuvre leur propre méthode. Ils ont publié un guide impeccable présentant de l’information sur tout ce qu’un musicien risque de rencontrer dans sa carrière. Il y a des sections portant sur les agents, les contrats, les assurances, les droits de synchronisation, le placement de la musique dans les médias audiovisuels, les enregistrements et les déplacements à l’étranger, pour ne nommer que celles-là. Aucune question n’a été oubliée dans ce livret des plus utiles. Et pourtant, les dirigeants du MU étaient présents à la conférence, à la recherche de moyens meilleurs pour intéresser les musiciens pigistes.

Donc, que va-t-il falloir faire pour que nos membres pigistes reconnaissent et profitent des avantages auxquels ils ont droit? Peut-être qu’une intense démarche de syndicalisation à l’interne pourrait fonctionner. Il faudrait alors obtenir la participation de nos membres, et leur donner une formation leur permettant de bien connaître les services et les bénéfices qui les concernent directement.

Une autre dimension de la conférence a trait à la réalité dramatique de l’artisan syndicaliste sur d’autres continents. Par exemple, les délégués de certains pays africains sont souvent absents des activités de la FIM parce qu’ils sont arrêtés à répétition et emprisonnés pour avoir eu des activités de syndicalisation. En dépit de ce traitement odieux, ils maintiennent le cap. Aussi, le délégué de l’Argentine a livré un témoignage déchirant au sujet d’un groupe de musiciens qui ont eu la malchance d’être sur scène quand un incendie s’est déclaré dans le club (et non, leur spectacle ne comprenait pas de pyrotechnie). Il y a eu de nombreux morts et blessés à cause de la panique et de la confusion. Les membres du groupe ont été arrêtés et accusés, apparemment parce qu’on les a considérés comme des gestionnaires. Puisqu’ils avaient accès aux microphones, les tribunaux ont jugé qu’ils auraient dû diriger la circulation et donner des instructions pour l’évacuation des lieux, mêmes s’ils étaient eux-mêmes en péril. Parce qu’ils ne l’ont pas fait, on leur a imposé six ans d’incarcération, et le syndicat n’a rien pu faire pour les aider. Inutile de dire que ces événements internationaux jettent une lumière différente sur les bons et moins bons côtés de la vie au Canada.

Alors, comme membre, comment pouvez-vous contribuer à motiver les musiciens pigistes? Que pouvez-vous faire? Commencez par vous adresser à votre section locale. Informez-vous de ce qui est offert et comment y accéder. Prenez connaissance de tout ce que fait votre syndicat afin de pouvoir en parler de façon compétente. Parlez-en alors à vos collègues. Assurez-vous de les sensibiliser et faites des plans avec eux pour profiter de nos services. Puis, approchez les musiciens qui ne sont pas encore membres. Plus la FAM compte de membres, plus il est facile et rentable de donner des services. La vigueur et l’efficacité de la FAM s’en trouveront décuplées, ce qui sera avantageux pour vous. Après tout, LA FAM, C’EST VOUS.