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L’OMOSC s’intéresse à la santé des musiciens

par Robert Fraser, président de l’Organisation des musiciens d’orchestre symphonique du Canada 

Lorsque j’ai commencé mes études, il y a plusieurs années, je n’avais aucunement conscience des risques pour la santé que présente le métier de musicien : blessures liées aux mouvements répétitifs, perte d’audition, environnement de travail non sécuritaire − autant de réalités très nouvelles pour moi. De plus, il y avait peu de recherche sur ces questions à l’époque ou de correctifs. Je n’avais jamais même entendu parler du médicament Inderal (bêtabloquant) non plus, et j’ai été très étonné lorsque mon professeur d’histoire en première année a mentionné combien de musiciens en prenaient.

Aujourd’hui, nous sommes en 2018, et il reste beaucoup à faire. Nous travaillons constamment pour améliorer la sécurité matérielle et physique de notre milieu de travail, mais les dangers pour notre bien-être personnel, dont le harcèlement, sont encore très présents, et les exigences de notre profession nuisent parfois à notre santé psychologique. Dans cette chronique, je souhaite attirer votre attention sur deux importantes enquêtes statistiques, toutes deux menées en Grande-
Bretagne, mais tout
de même très pertinentes pour l’Amérique du Nord.

Au début du mois dernier, deux organes de presse ont fait état des résultats d’un sondage publié par l’Incorporated Society of Musicians, une organisation de Grande-Bretagne. Le sondage est encore en cours et on peut y accéder par l’entremise de leur site Web, au www.ism.org, J’invite les lecteurs à jeter un coup d’œil à la fois sur le sondage et sur le rapport de la période initiale de réponses, en novembre dernier. La statistique la plus frappante, dont les médias ont parlé dans tous leurs articles, c’est le 60 % des répondants qui ont indiqué avoir subi une forme ou une autre de harcèlement sexuel dans leur milieu de travail en musique; dans ce 60 %, la vaste majorité des répondants qui ont choisi de révéler leur sexe étaient des femmes. (Le sondage offre aux répondants la possibilité de ne pas révéler leur sexe ou de faire un choix transgenre; 71,71 % des répondants se sont déclarés de sexe féminin et 10,53 % ont choisi de ne pas donner de précision à cet égard.)

Le rapport indique que plus de 250 personnes ont répondu au sondage durant la période visée et qu’ils étaient tous volontaires. Ce n’est pas un échantillon important, mais c’est tout de même suffisant pour nous donner une indication. Je me demande quelles réponses nous obtiendrions si on faisait un tel sondage dans les orchestres des associations de musiciens de l’AFM.

Une autre enquête, réalisée en 2016 cette fois, par Help Musicians UK, était intitulée « Music Minds Matter » (www.
musicmindsmatter.org.uk). L’organisme la présente comme « la plus importante étude connue sur la santé mentale des musiciens ». Sur 2 211 répondants, 71,1 % ont déclaré avoir vécu des attaques de panique ou de l’anxiété aiguë, et 68,5 %, de  la dépression − ce qui nous indique que les musiciens sont trois fois plus susceptibles de souffrir de dépression ou d’anxiété que la population en général.

Les répondants à cette enquête ont énuméré un certain nombre de causes de leur mauvais état de santé psychologique, présentées comme suit dans le rapport sommaire :

les mauvaises conditions de travail, incluant la difficulté à gagner sa vie, les horaires de travail qui nuisent à la vie sociale, l’épuisement et l’impossibilité de planifier son temps et son avenir;

le manque de reconnaissance de son travail et la fusion entre métier et personne dans sa perception de son identité;

les effets d’une carrière en musique sur la santé physique, par exemple les troubles musculosquelettiques;

les enjeux propres aux femmes, comme la conciliation travail-famille, les attitudes sexistes et même le harcèlement sexuel.

En octobre 2017, une suite de l’enquête « Music Minds Matter » (phase 2) incluait des entretiens en profondeur avec 26 des premiers répondants. Voici, tels que présentés dans le rapport, trois domaines de changement suggérés :

l’éducation

un code des meilleures pratiques

un service d’aide en santé mentale pour les personnes qui travaillent en musique.

À la dernière conférence de l’OMOSC, en août, les délégués ont adopté une résolution traitant de ces trois domaines. Nous avons résolu d’ « encourager les gestionnaires des orchestres à se familiariser avec la Norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail ». Le document est accessible sur le site Web de la Commission de la santé mentale du Canada. Il est imposant, comptant plus de 70 pages, mais j’encourage tous nos membres à le trouver, à le télécharger et à le faire connaître à leur section locale, à leur comité d’orchestre et à leur personnel des ressources humaines. Voilà bien un domaine où la coopération entre gestionnaires et syndicats est une nécessité. Faire de la recherche et mettre au point des plans de mise en œuvre bien documentés sera utile, mais le chemin qui mène à la santé et à la sécurité psychologiques en milieu de travail ne sera pas aisé.

Au nom des 1 200 membres de l’OMOSC, je vous souhaite à tous la santé et la prospérité en 2018,  et à mes collègues de l’univers symphonique, je souhaite une stimulante deuxième partie de saison.