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Paul Merkelo

 

Paul Merkelo : Un soliste et trompette solo au rayonnement international

Le trompettiste virtuose Paul Merkelo de la section locale 406 (Montréal, Qué.), soliste et trompette solo de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) depuis 1995, est reconnu à la fois pour sa technique et pour sa virtuosité. Interprète d’envergure internationale, il s’est produit en solo et a donné des classes de maître en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Russie et en Asie.

« Le fait de jouer à l’étranger me permet de m’ouvrir à d’autres styles de jeu et d’interprétation. Ces voyages m’ont fait grandir comme artiste, et je suis constamment inspiré par les grands instrumentistes que j’entends » dit-il, expliquant ensuite de quelle manière il ramène ces influences à l’OSM.

Merkelo a été nommé ambassadeur musical du Canada en Chine pour l’inauguration du Jardin de Montréal, à Shanghai, en 1999, et il a joué le concerto pour trompette de Haydn avec l’Orchestre philharmonique de Shanghai sur les ondes de la télévision nationale. Il affirme que la langue n’est pas une barrière lors de ses séjours à l’étranger parce qu’il communique sa musicalité à travers son instrument et l’émotion qu’il suscite chez ses auditeurs.

« Tous les musiciens parlent la même langue, nous voulons tous être émus par la musique. Plus je voyage, plus je me rends compte à quel point ce que je représente est important » dit-il.

Étant donné sa présence à l’international, Merkelo est heureux que la prochaine Conférence Internationale des Orchestres de la Fédération Internationale des Musiciens (CIO FIM) ait lieu à Montréal. « Cela signifie qu’il y a beaucoup d’activité culturelle à Montréal. Le public québécois apprécie beaucoup la musique classique et les arts en général. Je suis très fier du choix de la FIM de venir à Montréal » dit-il.

Mais il sait que la nécessité d’avoir des organisations internationales telles que la FIM dépasse la dimension de la musique comme culture. En effet, avec la croissance continue de la musique numérique et de la facilité à la partager mondialement, les musiciens ont besoin de protection. « Nous avons besoin du soutien continu de fédérations internationales pour protéger tous les artistes qui tentent de gagner leur vie en enregistrant de la musique à une époque où les consommateurs sont habitués d’y accéder gratuitement » affirme-t-il.

Il ajoute que les musiciens d’orchestre comme lui ont de la chance d’avoir des conventions collectives et d’être protégés par un syndicat.
« Nous avons l’assurance d’une stabilité et d’une protection quant à nos heures de travail et nos conditions de tournée et d’enregistrement. Notre syndicat veille sur nous afin que nous puissions donner le meilleur de nous-mêmes sans avoir à nous inquiéter de conditions de travail déraisonnables. Si nous subissons une blessure ou avons besoin d’un congé, nous pouvons prendre le temps de bien nous remettre sur pied » déclare-t-il. « Je suis fier d’être trompette solo de l’Orchestre symphonique de Montréal et fier que nous soyons soutenus par l’AFM ».

Merkelo affirme que son orchestre est unique. « Nous formons un orchestre très divers et intégré; il y a beaucoup de musiciens québécois, canadiens, américains et issus de plusieurs autres pays » précise-t-il, ce qui contribue à la sonorité unique de l’OSM. « On pourrait dire que l’orchestre a un son Nord-américain, mais on pourrait aussi dire qu’il sonne européen ».

« L’OSM possède une virtuosité qui lui permet un jeu très agile et coloré. Nous pouvons changer de registre très rapidement, par exemple pour passer du répertoire français au répertoire allemand » continue-t-il. « C’est ce que j’aime de  l’Orchestre symphonique de Montréal. Mes collègues et moi travaillons très fort pour entrer dans l’esprit du répertoire que nous jouons afin que notre approche puisse être flexible. »

Il est clair que Merkelo a atterri dans le bon orchestre même si, comme pour beaucoup de musiciens, ce choix est plutôt le fruit du hasard. « Lorsque vous êtes un étudiant sans le sou, vous auditionnez partout » dit-il. « Vous ne pouvez jamais prédire où vous aboutirez ». « J’adore ma vie ici, à Montréal ! » dit Merkelo avec enthousiasme. Toutefois, il avoue que sa première année a été un peu difficile parce qu’il ne parlait pas un mot de français à son arrivée. « J’ai dû tenter d’apprendre le français en même temps que j’essayais d’obtenir ma permanence et de maîtriser ces grosses partitions, dont certaines que je voyais pour la première fois ».

Pendant les quelques années suivantes, Merkelo a pris des leçons particulières de français chaque semaine et s’est exercé avec des amis. « Je faisais beaucoup de fautes de grammaire. J’ai mis plusieurs années à me sentir assez à l’aise pour donner une interview en français ou annoncer un programme » déclare-t-il.

« Cela me rend encore très nerveux d’ailleurs. Il m’arrive d’être plus nerveux pour mes présentations en français que pour jouer ».

Presque immédiatement après son arrivée dans sa ville d’adoption, Merkelo s’est engagé dans la collectivité, notamment dans le cadre du Concours OSM Manuvie, dont il s’occupe depuis 17 ans. « Nous distribuons plus de 100 000 $
en prix chaque année à de jeunes musiciens canadiens » explique-t-il.

Il y a 12 ans, il a créé son propre fonds de bourse d’études. « J’ai commencé par collecter 10 000 $ pour lancer le fonds dans le cadre du concours de l’OSM, et l’administration a été très enthousiaste » raconte-t-il. Grâce à ce don de départ et à du financement supplémentaire, Merkelo donne 2 500 $ annuellement à un talentueux jeune musicien canadien qui fait l’audition pour le Concours OSM Manuvie. « Je cherche à soutenir un ou une jeune qui excelle à son instrument et qui manque de moyens financiers ».

La création de cette bourse est une façon pour Merkelo de redonner ce qu’il a reçu. En effet pendant ses études à l’Eastman School of Music, à Rochester, dans l’État de New York, il a reçu la bourse Rudolf Speth Memorial attribuée à un musicien d’orchestre exceptionnel, ce qui a probablement sauvé sa future carrière en musique. « Cette bourse a réellement tout changé pour moi. Grâce à elle j’ai pu terminer mes études et pas seulement parce qu’elle m’a aidé financièrement. C’était aussi le fait de sentir qu’on croyait en mon talent qui m’a énormément stimulé et donné confiance au moment où j’en avais le plus besoin » précise-t-il.

Merkelo encourage également la prochaine génération de musiciens par l’entremise de l’enseignement. Il est professeur à l’Université McGill et, l’été, il enseigne à la Music Academy of the West, à Santa Barbara, en Californie. De plus, il est membre du conseil d’administration de l’YOA Orchestre des Amériques (Canada). « Enseigner, surtout en leçons individuelles, ne se limite pas à transmettre la technique de l’instrument, c’est véritablement un mentorat. Le professeur doit être un modèle fort et positif; j’essaie de susciter chez mes élèves une perception d’eux-mêmes comme artistes et de leur inculquer une discipline assidue et engagée ».

Merkelo souligne la longue liste de professeurs qui l’ont aidé à se développer comme musicien :
son tout premier professeur de trompette, Jerry Loyet; l’ancien professeur de l’Université de l’Illinois, Ray Sasaki; la trompette solo du Chicago Symphony Orchestra, Adolf Herseth; la trompette solo du New York Philharmonic, Phil Smith de la section locale 802 (New York); et les membres de la section 10-208 (Chicago, Ill.) Charles Geyer et Barbara Butler, qui enseignaient à l’Eastman School of Music.

« Ce sont tous d’excellents trompettistes, mais aussi des personnes, des êtres humains et des modèles formidables. Ils ont tous changé ma vie et permis de croire qu’on peut réussir à la fois comme instrumentiste et comme personne. Ils m’ont appris la confiance en moi, l’humilité et l’importance du travail assidu. C’est ce que j’essaie de transmettre à mes élèves » explique-t-il.

Merkelo est constamment engagé dans une multitude de projets en dehors de ses activités avec l’OSM. L’année dernière, son enregistrement intitulé Concertos français pour trompette a été mis en nomination pour un prix Juno dans la catégorie Meilleur disque classique – soliste avec grand ensemble. Il dit que ce CD de trois concertos – ceux de Tomasi, Désenclos et Jolivet – a été comme un rêve devenu réalité. Pour l’essentiel, Merkelo a financé le projet par l’entremise de Kickstarter.

« C’était inspirant d’enregistrer ces concertos sous la direction de Kent Nagano et avec mes collègues de l’OSM, sans doute un des meilleurs orchestres au monde pour le répertoire français »
dit-il. Toutes ses redevances seront versées au fonds de la bourse d’études qui porte son nom.

Merkelo a quelques créations mondiales en vue. Cet été, à la Music Academy of the West, en Californie, il créera « Martha Uncaged » du compositeur James Stephenson, un de ses amis d’enfance. « C’est un hommage à [la danseuse et chorégraphe] Martha Graham écrit pour trompette solo et stage bandet danseurs » explique-t-il.

L’autre création est un concerto pour trompette et grand orchestre de John Estacio de la section 390 (Edmonton, Alb.), une commande commune avec 18 autres orchestres de partout au Canada. Merkelo jouera avec l’OSM pour la création québécoise, en octobre.

« Pour le moment, l’objectif consiste à susciter de nouvelles œuvres pour trompette que les gens aiment vraiment et veulent entendre encore et encore » conclut Merkelo.